Quelle est cette musique étrange qui ne valait plus rien dès lors qu’on avait passé l’introduction, qu’il ne restait plus qu’une rythmique usinée, désincarnée, dépouillée de toute mélodie, comme une transe qui danse et se contente d’actionner des mécaniques ?
Sept minutes ou presque totalement inutiles, comme des empilements de briques sur un mur qui ne cloisonne rien. Même pas l’esquisse d’un contre-balancement.
Même pas le risque d’une rupture.
Il n’empêche, quand elle démarrait, elle vous attrapait par son intro, cette décoction psalmodiée, cet air de je te fais la leçon sans te la faire, drive boy dog boy dirty numb angel boy in the doorway boy… Des boys à n’en plus finir le long d’une déclinaison d’histoire sans importance qui finit dans une bouillie de beats industriels, comme un cœur brisé marche encore à en perdre haleine.
Il devait bien exister quelque part une radio-edit de quatre minutes, histoire d’achever la douleur de ce pauvre boy. Mais je ne m’en souviens plus. Ce titre, j’ai jamais osé dire que je l’aimais, que j’étais pris dans sa tenaille hypnotique. Je ne l’ai jamais détesté non plus.
Ce titre, c’était Born Slippy d’Underworld.
Il y a deux, trois ans, je suis tombé sur une reprise, au milieu d’un album de bricoles et de bricolages, Rest you head you will get well soon du groupe Get Well Soon. Parce que c’était au milieu de la bricole et dans le fouillis, j’ai d’abord été pris dans le sourire de la parodie, puis lentement, la même neurasthénie a ressurgi qui ne se noyait pas cette fois dans un abrutissement électro, mais dans les nimbes d’un rayon du Leroy Merlin musical du coin.
Les temps sont à la mélancolie, hier et aujourd’hui.
