[#Song 1 : Village Ghetto Land – Stevie Wonder]



Je me souviens que ça se passait dans le salon, parce qu’après tout, où pouvait-on écouter de la musique ailleurs que dans le salon ? Un trente-trois tours ne marchait qu’avec un appareillage meublé, mécanique, où de l’électricité à l’ancienne fait passer des sons qui grésillent, assisté de deux énormes baffles plus grandes que moi. Au salon, on nous asseyait pour une leçon d’anglais avec Stevie Wonder, au Village Ghetto Land, entre autres.

Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir été plus attentif à toutes ces ballades, parce que sans avoir jamais été sérieux lors de mes déambulations linguistiques au Village Ghetto Land, j’y ai retenu sans le vouloir, sans le faire exprès, des mots, des intonations, des réflexes, qui me firent comprendre tout naturellement, entre autres, le désarroi de la Panthère Rose quand je la voyais s’engager sans frein dans une rue affublée de la signalisation « dead end street » : l’image s’arrêtait sur le panneau, la Panthère Rose se retrouvait hors champ, puis un bruit de choc accompagnait un secouage en règle des images, « dead end street » ça voulait dire « cul-de-sac », et c’est parce que je m’étais promené dans une chanson de Stevie Wonder que je le savais. Je crois même avoir compris l’expression « cul-de-sac » à ce moment-là.

Dans ma petite tête d’enfant qui ne fait de la musique qu’un seul et même pays, la rue décrite dans ces Songs in the Key of Life, c’était celle de la pochette de Struggling Man de Jimmy Cliff. Au pied du Milan Café.


Un monde différent du mien. Plus urbain. Plus habité. Avec des trottoirs. Des gens, des gestes, des attitudes à l'eau-forte sur le pavé.



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